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Vol en Swift 3 du 19 avril 2026

Éole soufflait un vent de bon augure. Une belle journée pour le vol à voile se profilait dans le Gâtinais, suffisamment homogène durant tout l’après-midi pour envisager un grand triangle. Le vent prévu soufflerait du nord-est pour 15 à 20 km/h. Si j’arrivais à décoller assez tôt, vers midi ou midi et demi, sachant qu’à 19 heures la convection serait déjà partie se coucher, cela me laisserait une plage de vol de six ou sept heures. Allez, soyons fous, je me suis mis en tête de tourner un triangle FAI de 300 km. Compte tenu de la force du vent et des possibles difficultés du soir pour trouver encore des thermiques, il fallait impérativement que le retour au terrain soit de secteur vent arrière. Et si je pouvais éviter d’avancer pile face au vent le long de l’une des deux autres branches, ce ne serait pas plus mal. Enfin, pour compenser l’éventuelle faiblesse des thermiques en tout début d’après-midi, quoi de mieux pour avancer que de partir vent arrière, donc vers le sud-ouest. J’ai donc envisagé un premier point de virage dans cette direction juste avant les zones militaires d’Orléans, sans gêner le trafic aérien à Saint-Denis-de-l’Hôtel. La ville de Châteauneuf-sur-Loire était parfaite pour concrétiser ce premier point de virage, car son étendue constitue aussi un repère visuel qui se voit de loin. Second point de virage à Auxerre, à 100 km vers l’est. À nouveau, la ville constitue un point de repère remarquable. Le vent météo serait de trois quarts avant gauche. Le troisième point de virage serait donc vers le nord, avec un vent météo de trois quarts avant droit. J’ai choisi Provins, en bordure d’une zone parisienne de classe D, la TMA Seine 5, interdite de vol avec mes petites ailes. La ville, située au nord-ouest de la centrale de Nogent, est repérable grâce à sa basilique surplombant la vallée d’un cours d’eau, et par la forme du contournement de la N19 (que je connais bien grâce à mes souvenirs de vol libre à Bar-sur-Aube).

La providence a mis du sien pour me secouer les puces le matin, car le téléphone a sonné à 9 h 15, me sortant du lit par la même occasion. J’ai remercié l’appelant pour son excellente initiative. Branle-bas de combat au logis, prudence quand même sur la route, premiers cumulus à Égry vers 12 h 30, décollage finalement peu après 13 heures. Bon, j’ai perdu une demi-heure, mais durant laquelle la convection vers le sud s’est installée lentement. Le ciel vers le sud était en effet singulièrement bleu alors que les premiers nuages apparaissaient au nord du terrain. Une plage de vol potentielle de seulement six heures pour un parcours aussi grand, exigeait une moyenne à tenir de 50 km/h – jamais atteinte en ce qui me concerne ! J’avais intérêt à ne pas traîner en l’air et surtout à ne pas me retrouver en difficulté. La première pompe m’a emmené un peu en dessous de 1 400 m/sol, c’était encourageant. En poussant un peu sur le manche, volets en négatif, tout en me déplaçant vers l’avant du planeur pour modifier le centrage, la vitesse air montait à 105 km/h, et la vitesse sol à 125 km/h. En deux thermiques, et 40 minutes après le décollage, j’avais déjà atteint la Loire. C’était l’euphorie ! Bien m’en a pris de ne pas chercher à poursuivre plus au sud, car au-dessus de la Sologne, les cumulus se faisaient particulièrement rares.

Le cheminement vers Auxerre s’est poursuivi du feu de Dieu. Mais à force de « marsouiner » pour tenir la vitesse de croisière, en profitant des thermiques sans les enrouler, et en délaissant les moins puissants tout en visant au loin un cumulus bien joufflu à la base bien grise, mon discernement s’est quelque peu émoussé. En arrivant sous le cumulus tant prometteur, les ascendances avaient disparu, entraînant une descente inexorable vers le plancher des vaches. L’euphorie a vite cédé la place à la tension et à l’anxiété pour retrouver un thermique, rallumer le moteur restant l’ultime option pour éviter d’atterrir au milieu de nulle part. Et puis, dans une zone ensoleillée toute proche, un grand champ de terre bordé par deux forêts au nord et au sud, et par un grand champ de colza en fleur à l’est, a attiré mon attention. L’endroit idéal pour déclencher un thermique. Ma dernière chance. En arrivant au-dessus du champ, à une hauteur qui me semblait très basse, toujours rien. En revanche, c’est au niveau de la lisière avec la forêt au sud, lorsque j’allais rallumer le moteur, que de légers frémissements ont enveloppé mon planeur et que le vario est enfin redevenu positif. Tant et si bien que j’ai rapidement serré ma spirale alors que le vario grimpait… Au plus fort de la montée, les 3 m/s intégrés sur 20 secondes ont été dépassés, c’était royal ! Mon cheminement vers Auxerre a repris son cours une fois arrivé à la base du nuage qui venait de se former vers 1 700 m QNH (d’après mon petit vario d’appoint Syride). Mon vario Flytec, calé sur l’altitude relative au terrain d’Égry, indiquait 260 m juste avant d’enrouler le thermique salvateur… ce n’était déjà pas bien haut, mais il s’avère qu’en réalité, compte tenu de l’élévation du lieu où je me trouvais, j’ai raccroché à 170 m/sol en fait… J’ai pris cet épisode de tension, de concentration accrue au pilotage, puis de soulagement, comme un avertissement. À partir de ce moment, j’ai renoué avec mon habitude d’enrouler plus souvent les thermiques quand c’est possible, même si cela fait perdre un peu de temps, de façon à rester toujours au-dessus d’une altitude minimale, par exemple 1 000 m QNH.

Survol d’Auxerre un peu plus de trois heures après mon décollage, j’étais presque dans les temps pour boucler mon circuit avant la fin de la convection. Dans la région, les cumulus étaient toutefois devenus plus clairsemés, et ils étaient quasiment inexistants plus vers le sud. C’était seulement au nord du cours de l’Yonne, au-dessus de la forêt d’Othe, que les cumulus étaient toujours généreux. Je devais donc rester prudent, c’est-à-dire monter le plus haut possible, avant de quitter Auxerre et de poursuivre mon cheminement vers le nord. Bien m’en a pris, car j’ai dû traverser une zone d’une quinzaine de kilomètres sans aucune convection, toujours avec une composante de vent de face, mais cette fois du côté droit. Au bout de cette transition, m’attendait une très bonne pompe entre Migennes et Joigny, matérialisée par un gros cumulus visible de loin, qui prenait sa source sur des terres cultivées dont le fort contraste de couleurs ne laissait aucun doute quant à l’entretien du thermique et à la présence de l’ascenseur à mon arrivée.

Ma progression du sud vers le nord au-dessus de la grande forêt d’Othe, région magnifique entre les vallées de l’Yonne et de la Seine, s’est déroulée aisément sous les cumulus abondants et généreux. Toutefois, l’heure tournait, et la fin de la journée commençait à se faire sentir avec l’éloignement des cumulus dans la direction de Provins. Il était 18 heures lorsque j’ai quitté le dernier plafond à 1 830 m QNH avant de franchir la Seine et de m’élancer vers mon troisième point de virage. Plus aucun nuage sur ma route, si ce n’était un gros nuage qui trônait au sud-ouest de la ville, donc dans la TMA de classe D qui m’est interdite, et un autre au-dessus de Nogent-sur-Seine. Je pouvais atteindre Provins, mais je n’aurais pas pu en revenir : ma petite voix avait parlé. En plus, j’étais quand même en retard dans mon plan de vol, il était clair que je ne serais pas de retour à Égry à 19 heures, et compte tenu de l’heure tardive, le trajet ne serait pas facile malgré le vent arrière de 20 km/h.

Au sud de Sourdun, à 5 km au sud-est de Provins, j’ai estimé que j’avais assez tiré sur la ficelle et qu’il était grand temps de faire demi-tour. Je me suis rapatrié d’urgence vers une zone boisée et ensoleillée bordant la Seine au sud-est, où j’ai pu enrouler à 650 m QNH un thermique venu je ne sais d’où, mais qui a eu la bonté de m’attendre et de me remonter mille mètres plus haut avant de s’évanouir à son tour. Me voilà plus serein pour rentrer à Égry. Néanmoins, changement de régime de vol. Pour profiter au maximum du vent arrière tout en minimisant la perte d’altitude en planant vers les cumulus lointains, je volais tout simplement à la vitesse de finesse max, c’est-à-dire autour de 75 km/h air, donc 95 km/h sol. La transition jusqu’au cumulus suivant, distant de 15 km, n’a consommé que 400 m environ. Une fois à nouveau à 1 800 m QNH, j’étais assez haut pour planer vers le dernier amas de cumulus, au-dessus du secteur de la grande forêt au sud-est de Nemours, en espérant ne pas me retrouver trop bas à mon arrivée. De toute façon, je n’avais plus trop le choix, il fallait avancer avant la disparition totale des thermiques. D’où la nécessité de voler quand même un peu plus vite. Avec une légère pression sur le manche, 30 km plus loin et 1 100 m plus bas, entre l’aérodrome de Moret-Épisy et la grande forêt, une pompouillette a croisé mon chemin vers 19 heures et je l’ai enroulée en étant bien conscient que la journée aéronautique arrivait à son terme.

La remontée a été lente et incertaine, mais le vent agissait en ma faveur. À 1 400 m QNH et à 30 km du terrain, j’ai tenté une arrivée directe. Une bonne surprise : la finesse sol s’envolait, grâce aux thermiques de restitution qui, s’ils n’étaient plus assez puissants pour me permettre de regagner de l’altitude, ralentissaient néanmoins la descente. À mi-chemin, j’étais encore à 1 350 m QNH, alors, pour le plaisir, et aussi pour l’expérience, j’ai poussé mon planeur jusque vers 125-130 km/h, vitesse/air, la vitesse/sol montant à 145-150 km/h, jusqu’à Égry ! Étonnant et grisant, mais il fallait rester très doux aux commandes !

Posé à 19 h 41 au soleil couchant. Une journée de vol libre magnifique qui s’est terminée en beauté, avec, bien entendu, la satisfaction d’avoir pu réaliser la quasi-totalité du circuit prévu (295 km en 6 h 34, soit une moyenne de 45 km/h). Le temps de ranger tout le matériel, je suis parti tard du terrain, vers 22 heures, rentré tard au logis en conduisant doucement, puis dodo tardif, fatigué le lendemain, mais toujours plein d’enthousiasme et de beaux souvenirs dans la tête.

Frédéric Lévy